Frontier Blues


Iran, 2009

Hassan vit seul avec son oncle et un âne. Alam travaille dans un élevage de poulet, les oreilles perpétuellement collées à des écouteurs pour ses leçons
d’anglais. Il rêve de partir à Bakou avec Ana. Un photographe emmène un musicien pour faire des portraits des traditions de Golestan, où vit tout ce joli monde, non loin de la Caspienne et du Turkménistan. Babak Jalali est retourné saisir le pouls de sa bourgade natale.

 

Des moments de pur cinéma

Frontier Blues agit comme un film d’une mémoire faite de bribes éparses, de clichés, de ces photos anciennes où les personnages devaient poser devant un appareil placé sur un trépied. On pense à cette mémoire fragile de notre enfance ou de notre jeunesse qui retient, non les déroulements, mais surtout
les situations, immobiles ou si peu mouvantes. C’est cette esthétique que Babak Jalali a choisie pour son premier film de fiction, en privilégiant les plans fixes moyens ou les travellings latéraux. Ce choix esthétique épouse à merveille l’absence totale de relief de cette région d’Iran coincée entre les
contreforts de la chaîne de l’Elbourz, la mer Caspienne et le Turkménistan. Ces plans fixes expriment aussi à merveille une atmosphère d’attente immobile qui imprègne le film. On est d’abord un peu désarçonnépar ces personnages qui viennent se placer devant la caméra. Ils la fixent sans bouger durant quelques secondes qui, parfois, semblent durer des minutes. Ils nous donnent le sentiment d’être nous-mêmes ce photographe qui ballade une sorte de ménestrel turkmène et lui demande de prendre la pose. Passé ce moment d’étonnement on commence à saisir et à apprécier l’humour de ces situations que le jeune cinéaste semble vouloir opposer à sa propre nostalgie du pays natal. Un humour décalé, quelques fois réellement proche de celui des Monty Python (dans leurs sketchs télévisés) par son ironie mordante, en particulier durant les séances de poses du photographe. Il y a aussi, et surtout,
une immense tendresse de la part du réalisateur Babak Jalali vis-à-vis de ses personnages. Frontier Blues semble toujours sur le fil du rasoir, cette recherche d’un équilibre, toujours fragile, de l’image offre de multiples moments de pur cinéma.

Martial Knaebel