L'enfant endormi


Maroc, 2005
Une croyance vieille de douze siècles circule dans le Maghreb. Elle prétend que, parfois, l’enfant qui va naître s’endort dans le ventre de sa mère, reportant sa naissance de plusieurs mois, voire de quelques années. Au nord-est du Maroc, Zeinab, le lendemain de ses noces, voit son époux quitter le pays pour chercher du travail en Espagne. Enceinte, elle a recours à la magie blanche pour endormir son foetus. Commence alors une longue attente au sein d’une microsociété presque exclusivement féminine, où les héritages de la tradition s’avèrent vite pesants.

Le scénario de «L’Enfant endormi» a été primé lors de la Bourse d’aide au développement à Montpellier en 2000 et a reçu le Trophée du premier scénario jeunes talents CNC à Paris en 2003.


Extraits d'une interview de Yasmine Kassari parue dans Cinergie N°89:

D'où vient cette légende de l'enfant endormi?
En fait, j'ai emprunté un mythe qui existe depuis la nuit des temps, notamment au Maghreb. Ce mythe m'intéressait dans la mesure où il est porteur de sens par rapport à ce que je voulais raconter. Ce qui m'intéresse ce n'est pas du tout une lecture sociologique ou anthropologique de ce mythe, mais son contenu métaphorique.

En quoi consiste ce mythe?
L'endormissement du foetus (le raged) consiste à endormir, par voie de sorcellerie blanche, un enfant dont la mère ne souhaite pas la naissance immédiate. Soit parce qu'elle a trop d'enfants et veut retarder l'arrivée du suivant. Soit parce qu'elle est veuve ou répudiée et pas encore remariée. Soit parce que son mari a émigré à l'étranger et qu'elle veut attendre son retour pour mettre son enfant au monde, comme c'est le cas dans le film, etc. L'endormissement se fait à la connaissance de tous les gens concernés. Il ne pose de problème à personne. Les hommes y adhèrent autant que les femmes. On y croit.

As-tu fait ce film pour parler du statut de la femme dans les régions agraires du Maroc?
Pas du tout. Je ne suis jamais partie d'une revendication pour écrire un scénario ou pour faire un film. Cela vient d'envies plus profondes. Ce film met en avant des personnages de femmes, mais, avant de parler de ces femmes, j'avais fait un film qui parle des hommes, Quand les hommes pleurent. Je ne crois pas que L'enfant endormi est un film plus centré sur les femmes que sur les hommes. En fait, les hommes existent ici par la force de leur absence. Ils sont en permanence dans le hors-champ. J'ai fait ce film pour parler d'états de choses, d'états de corps qui concerne autant l'homme que la femme.

Tu es attachée à cette région de l'Oriental, au Nord-Est du Maroc, où tu as situé l'action?
C'est une région que je connais bien. J'ai été en vacances près de la rivière du film quand j'étais petite, jusqu'à l'âge de neuf ans. C'est là que j'ai entendu parler pour la première fois du mythe de l'enfant endormi. Aujourd'hui encore, dans la région, on continue à « endormir » comme on le montre dans le film. On y croit dur comme fer.

Yasmine Kassari