Hana Yori mo Naho

Hirokazu KORE-EDA
Japon, 2006
HANA, une délicatesse japonaise

Hirokazu Kore-eda sait surprendre son monde. Le spectateur cinéphile se souvient certainement de NOBODY KNOWS et de AFTER LIFE, réflexions poétiques et cinématographiques sur la vie et la mort. Si la poésie est toujours présente dans son dernier film HANA, le ton, lui, n'a plus rien de dramatique.

Qu'on en juge: le héros, Soza, est un jeune samouraï qui n'a rien d'un spadassin, perdu dans une époque de paix où ces soldats ne trouvent plus de maître à servir. Plutôt que de venger son père, il lorgne sur une jeune veuve, sa voisine, et préfère mettre en scène (comique) des duels qu'il ne sait pas pratiquer ou enseigner l'écriture à la marmaille qui l'entoure. Il vit dans un taudis en compagnie de pleutres souillons et buveurs qui sauront pourtant l'aider à sauver la face devant sa famille impatiente de voir la vengeance s'accomplir.

Aller voir HANA ne relève que du plaisir: celui de voir une farce où Soza nous rappelle le jeune Buster Keaton énamouré et gaffeur. L'atmosphère même du village est une référence amusée au chef d'oeuvre de Kurosawa, LES SEPT SAMOURAIS. Une musique endiablée à la viole de gambe ajoute au burlesque des scènes où respirent la joie de vivre, en dépit de la misère de l'époque décrite avec force détails.

Ce film est le cadeau d'un réalisateur qui sait manier les genres, sautant de l'un à l'autre avec un égal bonheur. Il est aussi une délicatesse savoureuse, un pied de nez à une production cinématographique mondiale de plus en plus formatée, car il nous redonne le goût des belles choses.

Martial Knaebel