Madrigal

Fernando Pérez
Cuba, 2007
«Tout n’est pas ce qui paraît être…» Voici la phrase qui résonne dans le film Madrigal de Fernando Perez, le réalisateur cubain de Habana Suite. Le jeu entre le réel et l’artificiel est fascinant dans Madrigal. Le récit raconte une histoire d’amour fou entre Javier, un jeune acteur de théâtre, et Luisita, une fille complexée et secrète. Le début de leur aventure est marqué par les méfiances de Luisita envers Javier et par les mensonges de ce dernier: il ne croit plus à l’amour et veut seulement profiter de la relation pour se procurer un appartement. Mais la découverte de la beauté intérieure de Luisita l’amène vers un amour profond et idéalisé. L’épilogue présente une histoire d’amour futuriste qui se déroule en 2020 et qui sort de la plume de Javier, alimentée par sa propre expérience amoureuse. Le Conte de Javier nous plonge dans un monde érotisé où le sexe, dépourvu de sentiment, est la valeur principale.

«Il ne faut pas se fier aux apparences» aurait pu être le titre de ce nouveau film de Fernando Pérez, tant ce dicton populaire court tout au long du film, revenant dans les dialogues, dans les situations, menant les personnages là où ils ne voudraient pas, ou ne devraient pas, aller. Il ne faut pas se fier aux apparences car derrière le titre précieux et à première vue vieillot, Madrigal, il se cache une œuvre avant tout passionnée et profondément contemporaine.

Madrigal, ce pourrait être aussi «On ne badine pas avec l'amour», où les sentiments amoureux sont entravés par des considérations - des besoins? - pratiques ou financières. Où le terre à terre et les nécessités de survie empêchent cette quête du bonheur auquel chacun aspire. Comme pour tous les autres films de Fernando Pérez, celui-ci n’entre dans aucune des catégories classiques. Il est proche, pourtant, d'un genre littéraire aujourd'hui quasiment disparu, tant il fut galvaudé, le conte philosophique. Mais ici, le genre n’est pas daté, car il a su allier l’humour noir (autorisant les allusions politiques à peine voilées) au romantisme le plus profond, permettant d’ailleurs une lecture universelle de cette histoire.

Tout ce contenu ne serait rien sans les images, bien sûr, puisque nous sommes au cinéma. Celles-ci savent transcender les scènes et les sentiments, déjouer les pièges et les lieux communs (qui ne peuvent manquer comme dans toute histoire d'amour) pour nous surprendre encore, même souvent nous déstabiliser. Car Fernando Pérez a, comme à son habitude, chassé les évidences, cherché les contre-pieds pour pousser le spectateur à l'ouverture. Dans ce monde qui se ferme de plus en plus, c'est, là encore, le visionnaire qui s'exprime.
Martial Knaebel